ZONES ECONOMIQUES ET CLUSTERS EN ALGERIE

LEVIERS DE CAPTATION DES IDE A L'ERE DE LA REFONTE DU PARTENARIAT MULTILATERAL

Clusters Algérie Primefield

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L’Algérie se trouve à un tournant crucial de sa trajectoire économique, avec la diversification économique, l’attraction des investissements, la modernisation industrielle et l’expansion des exportations hors-hydrocarbures comme priorités nationales. L’évolution de la dynamique partenariale UE-Algérie, soulignée par la révision en cours de l’accord d’association UE-Algérie souhaitée par l’Algérie, reflète un effort plus large visant à renforcer la position de l’Algérie dans le commerce mondial. Alors que le pays cherche à approfondir son intégration dans les chaînes de valeur internationales et à optimiser ses réseaux d’approvisionnement, un mécanisme stratégique gagne en importance : les clusters.

 Cette trajectoire économique de l’Algérie oscille entre réformes structurelles et objectifs ambitieux de diversification économique. Alors que le pays a progressé dans l’expansion de ses exportations hors-hydrocarbures – passant de 1,7 milliard de dollars en 2020 à 7 milliards de dollars en 2024 – les hydrocarbures représentent toujours plus de 90 % des exportations totales. En dépit des efforts majeurs déployés – notamment la promulgation de la loi sur les investissements en 2022, visant à garantir un climat des affaires plus favorable, avec un déploiement opérationnel de l’Agence algérienne de la promotion des investissements (AAPI) – et du fort potentiel industriel de l’Algérie, plusieurs facteurs entravent la croissance du secteur privé, l’intégration industrielle et la compétitivité mondiale, dont i) la dépendance excessive à l’égard des investissements publics (représentant plus de 40 % du PIB laissant une marge limitée à l’expansion du secteur privé), ii) la faible intégration des PME dans les chaînes de valeur mondiales (la participation des PME algériennes aux exportations est estimée à moins de 10%, reflétant une faible interconnectivité industrielle et un manque d’écosystèmes structurés.) iii) des zones industrielles fragmentées, avec la majorité des entreprises en Algérie opérant de manière isolée, plutôt que dans des écosystèmes structurés qui favorisent l’innovation et l’efficacité, et enfin iv) Un investissement limité dans la recherche et développement (R&D), étant donné que l’Algérie consacre moins de 0,5 % de son PIB à la recherche et au développement, contre 1,4 % en Espagne et en Turquie, et plus de 5% en corée du sud, selon données de la banque mondiale, ce qui limite considérablement les progrès technologiques et la compétitivité sectorielle, notamment avec le décalage existant entre l’enseignement supérieur et les besoins de l’industrie.

 La réponse à ces défis structurels ne réside pas seulement dans des réformes sectorielles isolées, mais dans une démarche à même de connecter les entreprises, stimuler l’innovation et renforcer l’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales. C’est précisément le rôle des clusters, en établissant des environnements industriels structurés, où les grandes entreprises, les PME, les centres de recherche et les institutions publiques travaillent conjointement pour accroître la productivité, accélérer l’innovation et améliorer la compétitivité.

Qu’il s’agisse de restructurer les zones industrielles et les zones franches en zones économiques spéciales (ZES) ou d’impulser une intégration industrielle plus profonde, la question n’est plus de savoir si l’Algérie doit adopter les clusters, mais comment les déployer de manière stratégique et efficace.

Les clusters comme Hubs d’accélération du développement économique

Les clusters servent depuis longtemps d’accélérateurs économiques, transformant les industries locales et régionales, en écosystèmes compétitifs à l’échelle globale. En Italie, en Espagne, en Pologne et en Corée du Sud, les clusters ont généré un impact économique considérable en Attirant des investissements directs étrangers (IDE) de grande valeur, et ce, en offrant des environnements structurés et basés sur l’innovation, ce qui représente pour les investisseurs des risques opérationnels moindres, et une fiabilité avérée de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi en augmentant la productivité industrielle de 20 à 30 %, les entreprises bénéficient ainsi d’infrastructures partagées et d’un bassin de main-d’œuvre qualifiée.

Pour l’Algérie, concrètement, les clusters ont le potentiel d’impacter durablement l’économie Algérienne à différents niveaux :

  1. Améliorer la compétitivité et l’attraction des investissements: Les clusters créent des économies d’échelle, réduisant les coûts opérationnels en matière de logistique, de chaînes d’approvisionnement et d’infrastructure. Des études du Harvard Growth Lab montrent que les pays dotés de clusters spécialisés attirent en moyenne 25% d’IDE de plus que ceux qui s’appuient sur des politiques industrielles fragmentées. Par ailleurs, la stratégie des ZES en Algérie pourrait positionner les clusters comme des centres de gravité économiques, et comme “animateurs” ces zones.
  1. Renforcer l’industrialisation tournée vers l’exportation: Malgré ses progrès, les exportations algériennes hors hydrocarbures restent marginales (indice de diversification économique supérieur à 5). A titre de comparaison, les indices diversification économique pour l’Espagne et la Turquie sont nettement inférieurs : environ 1,7 pour l’Espagne, et 1,8 pour la Turquie, indiquant une plus grande diversité d’exportations. D’après des études comparatives, les clusters structurés pourraient tripler la capacité d’exportation des PME, améliorant ainsi l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, les processus de certification et l’intégration commerciale. En Tunisie par exemple, le pourcentage des ventes en exportation représente plus de 47% du total des ventes assurées par les entreprises des clusters. La révision en cours du partenariat UE-Algérie offre une fenêtre pour recalibrer les incitations à l’investissement pour les industries où les clusters sont les plus actifs, renforçant ainsi leur compétitivité sur les marchés régionaux et mondiaux.
  1. Favoriser la création d’emplois à forte valeur ajoutée et le développement des compétences: Dans les modèles de clusters industrialisés, tels que les pôles manufacturiers polonais, les PME des chaînes d’approvisionnement signalent des salaires plus élevés en raison des améliorations de productivité. l’Algérie étant confrontée au défi important de fuite des cerveaux, Le développement de hubs industriels spécialisés fournirait un environnement de travail compétitif et axé sur l’innovation, garantissant que les ingénieurs et les techniciens contribuent à la croissance économique nationale.
  1. Favoriser l’innovation et l’intégration de la R&D: la majorité des activités de la recherche algérienne sont financés par des fonds publics, en grande partie à cause d’une faible collaboration entre l’industrie et la recherche. Cependant, dans des pays comme la Corée du Sud; les entreprises privées sont la principale source de dépenses en R&D, représentant plus de 76 %, où les clusters font office d’incubateurs pour les industries de nouvelle génération. Les pôles universitaires, avec un véritable accès à la documentation scientifique, peuvent tout autant constituer des hubs attractifs, et s’intégrer dans la dynamique des clusters.

Par ailleurs, autant l’environnement des startups algériennes a pris de l’ampleur grâce au mécanisme de labellisation, il nécessite un regroupement sectoriel pour s’intégrer pleinement dans des chaînes d’approvisionnement industrielles plus larges et garantir l’expansion et la durabilité.

Les hautes autorités algériennes ont déjà signalé leur intention de capitaliser sur le modèle des clusters, et cette prise de conscience n’est pas théorique, comme en témoigne l’accueil réservé par le ministère de l’Énergie au Cluster CIEL (Cluster Industriel Électrique d’Algérie) et l’appel du ministère de l’Industrie pharmaceutique aux opérateurs économiques activant dans diverses filières industrielles, notamment dans les filières du cuir et du textile, à s’organiser en clusters pour participer à la prise de décision en tant que force de proposition. Ces initiatives soulignent une réalité importante : les clusters s’inscrivent déjà dans l’orientation de la politique économique du pays, et mettent en évidence une reconnaissance nationale du fait que les clusters peuvent servir de catalyseurs pour la compétitivité économique, la modernisation industrielle et l’attraction des investissements. Le défi consiste désormais à garantir que ces clusters reposent sur des bases institutionnelles, réglementaires et économiques solides.

Jusque-là, les clusters ont été abordés de manière fragmentée. Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) met en avant la spécialisation régionale, et avance le concept des “pôles d’excellence”, mais n’intègre pas explicitement les clusters en tant que mécanismes économiques structurés.

De nombreuses initiatives qualifiées de « clusters » ne répondent pas à la définition dite “porterienne” des clusters, fonctionnant souvent comme des associations commerciales ou des industries géographiquement concentrées, plutôt que comme de véritables dynamiques structurées axées sur l’innovation, intégrant opérateurs économiques privés, institutions publiques et acteurs académiques, notamment via le volet recherche et développement. Ainsi, au lieu de considérer le regroupement d’entreprises comme seul critère définissant un cluster, et afin de libérer tout le potentiel des clusters, et passer de la conception à l’exécution, il convient que seuls les clusters structurés et performants, satisfaisant ces critères qualifiants, reçoivent des conditions préférentielles. L’exemple du label startup en Algérie reste la meilleure illustration de cette approche. Cela ne passe pas nécessairement par la création d’un statut spécifique aux clusters, mais plutôt de définir des critères qui font des clusters de véritables Hubs d’accélération du développement économique – des écosystèmes structurés qui servent de puissances industrielles.

Le succès des clusters dépend de la capacité à valoriser de solides partenariats public-privé. Afin de parvenir à cela, les éléments fondamentaux suivants devront être pris en considération :

1. Un alignement sectoriel stratégique

Les clusters devraient être intégrés dans des filières identifiés comme étant prioritaires en Algérie, tels que l’industrie automobile, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire, le tourisme, la mécatronique, le textile, ou encore les industries numériques. Cela garantirait l’alignement sur les avantages compétitifs et les ambitions industrielles de l’Algérie.

Par ailleurs, l’intégration des chaînes de valeur constitue un moteur clé : les clusters doivent fonctionner comme des points d’ancrage sectoriels, reliant les PME, les grandes entreprises et les instituts de recherche. La spécialisation régionale Sera par conséquent mise à profit, en garantissant que les clusters se développent en adéquation avec les capacités industrielles locales existantes.

2. Une Structuration réglementaire et institutionnelle

Il s’agit d’établir un cadre de qualification des clusters pour différencier les clusters performants des associations commerciales ou des groupements créés ad-hoc. EN suite, viendra l’introduction de conditions préférentielles pour les clusters “qualifiés”, principalement au sein des ZES (Zones économiques spéciales) et des zones industrielles. Cela passe également par la définition de modèles de gouvernance qui priorisent les partenariats public-privé, permettant aux acteurs clés de l’industrie, aux PME et aux institutions de collaborer à long terme.

3. Un levier pour les exportations et des investissements directs étrangers (IDE)

Certains clusters ont le potentiel de fonctionner comme des plateformes d’exportation, en s’intégrant dans priorité nationale de diversification des exportations hors hydrocarbures. La révision en cours de l’accord commercial de l’UE avec l’Algérie offre l’opportunité de structurer les incitations sectorielles à l’IDE, ce qui assureraient que les clusters algériens s’alignent sur les chaînes d’approvisionnement industrielles européennes et mondiales. Cela faciliterait une meilleure ouverture sur le marché africain. Cela signifierait également tirer parti de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) pour positionner les clusters algériens en tant que hubs régionaux de commerce et d’investissement, renforçant l’emplacement stratégique du pays en tant que pont entre les marchés européens, africains et Moyen-Orientaux.

4. Une accélération de la R&D et de l’innovation

L’une des vocations principales des clusters est de favoriser l’innovation et le transfert de technologie entre industries et les universités et les instituts de recherche. L’intégration des startups dans les clusters pourrait être une priorité qui assure que les secteurs du numérique et de haute technologie émergeant de l’Algérie s’alignent sur les principaux secteurs industriels plutôt que de fonctionner de manière isolée.

 5. Des zones économiques spéciales (ZES) comme points d’ancrage du cluster

Les discussions sur l’opportunité de réhabiliter les zones industrielles algériennes en zones économiques spéciales (ZES) et d’en développer de nouvelles, peuvent intégrer les clusters. Ainsi, les ZES auront la possibilité de fonctionner comme des centres névralgiques industriels, intégrant les clusters dans leurs cadres, ce qui conduit à une attraction des investissements ciblés et favorise la compétitivité des exportations.

 En conclusion, les récentes avancées montrent que la dynamique est enclenchée : diverses initiatives émergent, des secteurs stratégiques se structurent, et l’ambition d’une industrie plus performante prend forme. L’Algérie possède tous les atouts nécessaires pour bâtir une économie compétitive et diversifiée.

Les clusters, intégrés aux zones économiques, représentent un levier majeur pour renforcer la compétitivité, attirer les investissements directs étrangers, et positionner le pays comme un acteur clé dans les chaînes de valeur mondiales. La mise en place d’un cadre réglementaire régissant les clusters, définissant les critères qualifiants et les conditions préférentielles dont ils bénéficieront prend toute son importance, pour permettre à ces Hubs d’accélération de se développer et de libérer leur potentiel.

Par : Younes Bahri

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L’Algérie se trouve à un tournant crucial de sa trajectoire économique, avec la diversification économique, l’attraction des investissements, la modernisation industrielle et l’expansion des exportations hors-hydrocarbures comme priorités nationales. L’évolution de la dynamique partenariale UE-Algérie, soulignée par la révision en cours de l’accord d’association UE-Algérie souhaitée par l’Algérie, reflète un effort plus large visant à renforcer la position de l’Algérie dans le commerce mondial. Alors que le pays cherche à approfondir son intégration dans les chaînes de valeur internationales et à optimiser ses réseaux d’approvisionnement, un mécanisme stratégique gagne en importance : les clusters.

 Cette trajectoire économique de l’Algérie oscille entre réformes structurelles et objectifs ambitieux de diversification économique. Alors que le pays a progressé dans l’expansion de ses exportations hors-hydrocarbures – passant de 1,7 milliard de dollars en 2020 à 7 milliards de dollars en 2024 – les hydrocarbures représentent toujours plus de 90 % des exportations totales. En dépit des efforts majeurs déployés – notamment la promulgation de la loi sur les investissements en 2022, visant à garantir un climat des affaires plus favorable, avec un déploiement opérationnel de l’Agence algérienne de la promotion des investissements (AAPI) – et du fort potentiel industriel de l’Algérie, plusieurs facteurs entravent la croissance du secteur privé, l’intégration industrielle et la compétitivité mondiale, dont i) la dépendance excessive à l’égard des investissements publics (représentant plus de 40 % du PIB laissant une marge limitée à l’expansion du secteur privé), ii) la faible intégration des PME dans les chaînes de valeur mondiales (la participation des PME algériennes aux exportations est estimée à moins de 10%, reflétant une faible interconnectivité industrielle et un manque d’écosystèmes structurés.) iii) des zones industrielles fragmentées, avec la majorité des entreprises en Algérie opérant de manière isolée, plutôt que dans des écosystèmes structurés qui favorisent l’innovation et l’efficacité, et enfin iv) Un investissement limité dans la recherche et développement (R&D), étant donné que l’Algérie consacre moins de 0,5 % de son PIB à la recherche et au développement, contre 1,4 % en Espagne et en Turquie, et plus de 5% en corée du sud, selon données de la banque mondiale, ce qui limite considérablement les progrès technologiques et la compétitivité sectorielle, notamment avec le décalage existant entre l’enseignement supérieur et les besoins de l’industrie.

 La réponse à ces défis structurels ne réside pas seulement dans des réformes sectorielles isolées, mais dans une démarche à même de connecter les entreprises, stimuler l’innovation et renforcer l’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales. C’est précisément le rôle des clusters, en établissant des environnements industriels structurés, où les grandes entreprises, les PME, les centres de recherche et les institutions publiques travaillent conjointement pour accroître la productivité, accélérer l’innovation et améliorer la compétitivité.

Qu’il s’agisse de restructurer les zones industrielles et les zones franches en zones économiques spéciales (ZES) ou d’impulser une intégration industrielle plus profonde, la question n’est plus de savoir si l’Algérie doit adopter les clusters, mais comment les déployer de manière stratégique et efficace.

Les clusters comme Hubs d’accélération du développement économique

Les clusters servent depuis longtemps d’accélérateurs économiques, transformant les industries locales et régionales, en écosystèmes compétitifs à l’échelle globale. En Italie, en Espagne, en Pologne et en Corée du Sud, les clusters ont généré un impact économique considérable en Attirant des investissements directs étrangers (IDE) de grande valeur, et ce, en offrant des environnements structurés et basés sur l’innovation, ce qui représente pour les investisseurs des risques opérationnels moindres, et une fiabilité avérée de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi en augmentant la productivité industrielle de 20 à 30 %, les entreprises bénéficient ainsi d’infrastructures partagées et d’un bassin de main-d’œuvre qualifiée.

Pour l’Algérie, concrètement, les clusters ont le potentiel d’impacter durablement l’économie Algérienne à différents niveaux :

  1. Améliorer la compétitivité et l’attraction des investissements: Les clusters créent des économies d’échelle, réduisant les coûts opérationnels en matière de logistique, de chaînes d’approvisionnement et d’infrastructure. Des études du Harvard Growth Lab montrent que les pays dotés de clusters spécialisés attirent en moyenne 25% d’IDE de plus que ceux qui s’appuient sur des politiques industrielles fragmentées. Par ailleurs, la stratégie des ZES en Algérie pourrait positionner les clusters comme des centres de gravité économiques, et comme “animateurs” ces zones.
  1. Renforcer l’industrialisation tournée vers l’exportation: Malgré ses progrès, les exportations algériennes hors hydrocarbures restent marginales (indice de diversification économique supérieur à 5). A titre de comparaison, les indices diversification économique pour l’Espagne et la Turquie sont nettement inférieurs : environ 1,7 pour l’Espagne, et 1,8 pour la Turquie, indiquant une plus grande diversité d’exportations. D’après des études comparatives, les clusters structurés pourraient tripler la capacité d’exportation des PME, améliorant ainsi l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, les processus de certification et l’intégration commerciale. En Tunisie par exemple, le pourcentage des ventes en exportation représente plus de 47% du total des ventes assurées par les entreprises des clusters. La révision en cours du partenariat UE-Algérie offre une fenêtre pour recalibrer les incitations à l’investissement pour les industries où les clusters sont les plus actifs, renforçant ainsi leur compétitivité sur les marchés régionaux et mondiaux.
  1. Favoriser la création d’emplois à forte valeur ajoutée et le développement des compétences: Dans les modèles de clusters industrialisés, tels que les pôles manufacturiers polonais, les PME des chaînes d’approvisionnement signalent des salaires plus élevés en raison des améliorations de productivité. l’Algérie étant confrontée au défi important de fuite des cerveaux, Le développement de hubs industriels spécialisés fournirait un environnement de travail compétitif et axé sur l’innovation, garantissant que les ingénieurs et les techniciens contribuent à la croissance économique nationale.
  1. Favoriser l’innovation et l’intégration de la R&D: la majorité des activités de la recherche algérienne sont financés par des fonds publics, en grande partie à cause d’une faible collaboration entre l’industrie et la recherche. Cependant, dans des pays comme la Corée du Sud; les entreprises privées sont la principale source de dépenses en R&D, représentant plus de 76 %, où les clusters font office d’incubateurs pour les industries de nouvelle génération. Les pôles universitaires, avec un véritable accès à la documentation scientifique, peuvent tout autant constituer des hubs attractifs, et s’intégrer dans la dynamique des clusters.

Par ailleurs, autant l’environnement des startups algériennes a pris de l’ampleur grâce au mécanisme de labellisation, il nécessite un regroupement sectoriel pour s’intégrer pleinement dans des chaînes d’approvisionnement industrielles plus larges et garantir l’expansion et la durabilité.

Les hautes autorités algériennes ont déjà signalé leur intention de capitaliser sur le modèle des clusters, et cette prise de conscience n’est pas théorique, comme en témoigne l’accueil réservé par le ministère de l’Énergie au Cluster CIEL (Cluster Industriel Électrique d’Algérie) et l’appel du ministère de l’Industrie pharmaceutique aux opérateurs économiques activant dans diverses filières industrielles, notamment dans les filières du cuir et du textile, à s’organiser en clusters pour participer à la prise de décision en tant que force de proposition. Ces initiatives soulignent une réalité importante : les clusters s’inscrivent déjà dans l’orientation de la politique économique du pays, et mettent en évidence une reconnaissance nationale du fait que les clusters peuvent servir de catalyseurs pour la compétitivité économique, la modernisation industrielle et l’attraction des investissements. Le défi consiste désormais à garantir que ces clusters reposent sur des bases institutionnelles, réglementaires et économiques solides.

Jusque-là, les clusters ont été abordés de manière fragmentée. Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) met en avant la spécialisation régionale, et avance le concept des “pôles d’excellence”, mais n’intègre pas explicitement les clusters en tant que mécanismes économiques structurés.

De nombreuses initiatives qualifiées de « clusters » ne répondent pas à la définition dite “porterienne” des clusters, fonctionnant souvent comme des associations commerciales ou des industries géographiquement concentrées, plutôt que comme de véritables dynamiques structurées axées sur l’innovation, intégrant opérateurs économiques privés, institutions publiques et acteurs académiques, notamment via le volet recherche et développement. Ainsi, au lieu de considérer le regroupement d’entreprises comme seul critère définissant un cluster, et afin de libérer tout le potentiel des clusters, et passer de la conception à l’exécution, il convient que seuls les clusters structurés et performants, satisfaisant ces critères qualifiants, reçoivent des conditions préférentielles. L’exemple du label startup en Algérie reste la meilleure illustration de cette approche. Cela ne passe pas nécessairement par la création d’un statut spécifique aux clusters, mais plutôt de définir des critères qui font des clusters de véritables Hubs d’accélération du développement économique – des écosystèmes structurés qui servent de puissances industrielles.

Le succès des clusters dépend de la capacité à valoriser de solides partenariats public-privé. Afin de parvenir à cela, les éléments fondamentaux suivants devront être pris en considération :

1. Un alignement sectoriel stratégique

Les clusters devraient être intégrés dans des filières identifiés comme étant prioritaires en Algérie, tels que l’industrie automobile, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire, le tourisme, la mécatronique, le textile, ou encore les industries numériques. Cela garantirait l’alignement sur les avantages compétitifs et les ambitions industrielles de l’Algérie.

Par ailleurs, l’intégration des chaînes de valeur constitue un moteur clé : les clusters doivent fonctionner comme des points d’ancrage sectoriels, reliant les PME, les grandes entreprises et les instituts de recherche. La spécialisation régionale Sera par conséquent mise à profit, en garantissant que les clusters se développent en adéquation avec les capacités industrielles locales existantes.

2. Une Structuration réglementaire et institutionnelle

Il s’agit d’établir un cadre de qualification des clusters pour différencier les clusters performants des associations commerciales ou des groupements créés ad-hoc. EN suite, viendra l’introduction de conditions préférentielles pour les clusters “qualifiés”, principalement au sein des ZES (Zones économiques spéciales) et des zones industrielles. Cela passe également par la définition de modèles de gouvernance qui priorisent les partenariats public-privé, permettant aux acteurs clés de l’industrie, aux PME et aux institutions de collaborer à long terme.

3. Un levier pour les exportations et des investissements directs étrangers (IDE)

Certains clusters ont le potentiel de fonctionner comme des plateformes d’exportation, en s’intégrant dans priorité nationale de diversification des exportations hors hydrocarbures. La révision en cours de l’accord commercial de l’UE avec l’Algérie offre l’opportunité de structurer les incitations sectorielles à l’IDE, ce qui assureraient que les clusters algériens s’alignent sur les chaînes d’approvisionnement industrielles européennes et mondiales. Cela faciliterait une meilleure ouverture sur le marché africain. Cela signifierait également tirer parti de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) pour positionner les clusters algériens en tant que hubs régionaux de commerce et d’investissement, renforçant l’emplacement stratégique du pays en tant que pont entre les marchés européens, africains et Moyen-Orientaux.

4. Une accélération de la R&D et de l’innovation

L’une des vocations principales des clusters est de favoriser l’innovation et le transfert de technologie entre industries et les universités et les instituts de recherche. L’intégration des startups dans les clusters pourrait être une priorité qui assure que les secteurs du numérique et de haute technologie émergeant de l’Algérie s’alignent sur les principaux secteurs industriels plutôt que de fonctionner de manière isolée.

 5. Des zones économiques spéciales (ZES) comme points d’ancrage du cluster

Les discussions sur l’opportunité de réhabiliter les zones industrielles algériennes en zones économiques spéciales (ZES) et d’en développer de nouvelles, peuvent intégrer les clusters. Ainsi, les ZES auront la possibilité de fonctionner comme des centres névralgiques industriels, intégrant les clusters dans leurs cadres, ce qui conduit à une attraction des investissements ciblés et favorise la compétitivité des exportations.

 En conclusion, les récentes avancées montrent que la dynamique est enclenchée : diverses initiatives émergent, des secteurs stratégiques se structurent, et l’ambition d’une industrie plus performante prend forme. L’Algérie possède tous les atouts nécessaires pour bâtir une économie compétitive et diversifiée.

Les clusters, intégrés aux zones économiques, représentent un levier majeur pour renforcer la compétitivité, attirer les investissements directs étrangers, et positionner le pays comme un acteur clé dans les chaînes de valeur mondiales. La mise en place d’un cadre réglementaire régissant les clusters, définissant les critères qualifiants et les conditions préférentielles dont ils bénéficieront prend toute son importance, pour permettre à ces Hubs d’accélération de se développer et de libérer leur potentiel.

Par : Younes Bahri